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Les banlieues brûlent - David Michael Clarke & Neal Beggs

[La Sarthe, 2007]

Cette texte a été publiée pour la première de trois exhibitions intitulés collectivement, 'L'architecture and l'humanité'. Le commissariat du projet a été confié à Neal Beggs et David Michael Clarke par le FRAC des Pays de la Loire.

Nous débutons notre voyage en Sarthe en liant l’art contemporain à l’architecture. C’est une présentation simple qui favorise la rencontre du public avec l’art. Cette approche nous tient à coeur. Pendant près d’une année, nous resterons dans le même esprit en montrant diverses oeuvres, dans différents sites, pour toucher des publics différents. Avec chaque exposition, nous explorerons les relations que l’homme peut entretenir avec l’architecture qu’il crée.

À Bouloire, première étape de notre voyage, nous soulevons la question des relations qui existent entre l'artiste et le visiteur. Cette relation pourrait être évidente aux yeux de tous si l’artiste ne restait pas Planqué dans l’atelier! Tout comme dans la proposition de Gilles Barbier, nous sommes invités à chercher l’artiste ainsi que le sens de l’oeuvre. La responsabilité de la création artistique est partagée entre l'artiste et le spectateur. C'est comme ça qu’un véritable sens se construit. 

Les ateliers d’artistes ressemblent souvent aux villes organiques : une confusion d'objets regroupés dans un espace chaotique. Les choses sont rarement claires, rarement évidentes. Ainsi dans Le Cours de choses, Peter Fischli et David Weiss essaient de simplifier le chaos vers une logique linéaire. Un événement en entraîne un autre. Nous suivons la séquence dans l'espoir que la fin nous révèlera les clés de l’oeuvre, mais celles-ci se trouvent dans le voyage et non dans la destination.


Foreground - TTrioreau, Background - Fischli & Weiss

Foreground - TTrioreau - GMTT-CK Edge on a Ledge
Background - Fischli & Weiss - La Cours des Choses

À l’extérieur, au delà de l'atelier, nous pouvons observer les relations étranges que les artistes partagent avec les institutions artistiques. L'oeuvre de TTrioreau, Edge on a Ledge, est une maquette du Frac des Pays de la Loire, inclinée comme une caisse claire, ressemblant à une parabole qui capterait les signaux d'un monde étranger. Mais, ici, le Frac ne capte rien. Les murs sont en miroir, ils nous renvoient à ce que nous savons déjà. Le Frac reflète son environnement artistique, géographique, social et politique. Quel est alors le rôle de l'artiste et de l’institution? Peut-être simplement de réfléchir au monde tel qu’il est…


Left - Roderick Buchanan, Centre - TTrioreau, Right - Gilles Barbier

Left - Roderick Buchanan - Endless Column
Centre - TTrioreau - GMTT-CK Edge on a Ledge
Right - Gilles Barbier - The artist hiding in his studio

Les photographies de Bill Owens viennent renforcer cette lecture. L’artiste américain photographie son monde, il restitue l'optimisme d’une banlieue pavillonnaire. Il ne change rien, il n'invente rien, il donne à voir les choses comme il les voit et les entend. Mais parfois la nostalgie est un lieu dangereux. Un tourbillon pour les mémoires qui nous entraîne tous. Entre vérité et justesse ? Restons vigilants.


Foreground - TTrioreau, Background - Bill Owens

Foreground - TTrioreau - GMTT-CK Edge on a Ledge
Background - Bill Owens

Dans Endless Column de Roderick Buchanan, on peut voir clairement les dangers de la lecture linéaire. L’artiste réduit la Coupe du monde de Rugby à seulement quelques minutes de vidéo. La caméra effectue son travelling en révélant une colonne d’hommes infinie. Cette colonne évoque autant le désenchantement que la fierté. La fierté nationale pour être précis. C'est comme un défilé, en apparence ce sont des sportifs mais ils pourraient être des criminels. En regardant mieux on perçoit, ici, non plus les couleurs du sport mais celles de la politique.


Foreground - TTrioreau, Background - Roderick Buchanan

Foreground - TTrioreau - GMTT-CK Edge on a Ledge
Background - Roderick Buchanan - Endless Column

Tournez vous. Regardez à nouveau l'oeuvre de Peter Fischli et David Weiss. Les choses ne sont pas toujours comme elles semblent. Les banlieues ont brûlé...