Artistes : David Michael Clarke, Franck David, Hervé Graumann, Joël Hubaut, Anabelle Hulaut, Fabrice Hybert.

David Michael Clarke, Franck David, Anabelle Hulaut.

David Michael Clarke, Anabelle Hulaut.

David Michael Clarke, Franck David, Fabrice Hybert.

Anabelle Hulaut.

Joël Hubaut, Anabelle Hulaut.

David Michael Clarke, Joël Hubaut, Anabelle Hulaut.

Hervé Graumann, Joël Hubaut, Anabelle Hulaut.

David Michael Clarke, Joël Hubaut, Anabelle Hulaut.
La Reprise, titre de cette nouvelle exposition, emprunte celui d'un curieux roman d'espionnage d'Alain Robbe-Grillet (2001). L'écrivain y mêle camouflage identitaire, histoire de famille et intrigue policière pour mieux défaire le genre et nous plonge dans une enquête où les échos de noms venus de romans précédents et les retours sur le passé mettent en scène le trouble des filiations et des identités.
Fil rouge de l'exposition, le thème de la reprise y est convoqué de multiples manières (citations, détournements de patronymes, jeux de mots et création langagière, ...) en mélangeant les genres et les supports (peinture, littérature, cinéma, sculpture, photographie). Ce jeu de réappropriations, où dérision et humour interrogent la pertinence des conventions, rappelle l'esprit irrévérencieux des « Incohérents », dans la bohème artistique du Montmartre de la fin du XIXème siècle. On y raillait les pratiques d'avantgarde, en échangeant les rôles et poussant les jeux de langage, à l'image de l'Album primo-avrilesque (1882) d'Alphonse Allais et ses fameux monochromes (Combats de nègres dans un tunnel, la nuit, pour le noir, etc...). On y déjouait aussi l'habileté du peintre pour lui préférer l'invention verbale du calembour.
C'est cet esprit de jeu et d'escalier - dont on peut se demander s'il est encore d'actualité - que l'exposition souhaite ici réanimer, dans le glissement récréatif des mots et des identités mais aussi le détournement des références.
Reprenant l'une des « farces » de la toute première exposition du groupe des « Incohérents » (une panne d'électricité de la salle des Champs Elysées avait obligé à éclairer les oeuvres à la lueur des chandelles), le spectateur entre dans une salle obscure munie d'une lampe qui lui permet d'accéder aux oeuvres dans la peau d'un chercheur menant l'enquête, rassemblant des indices qui lui permettront d'établir une possible narration entre les différentes oeuvres qui semblaient, à première vue, refléter une relative incohérence. C'est aussi cela la « farce », dans un sens plus archaïque du terme, cette part d'explication ouverte d'un texte qui pouvait apparaître joyeusement incompréhensible.
Joël Hubaut donne le ton en ouvrant l'exposition avec sa sérigraphie Robes grillése (1972), évoquant l'auteur du roman « la Reprise ». L'artiste nous plonge d'emblée dans l'usage drôlatique du jeu de mots, mais aussi dans la circulation entre les identités et les oeuvres. Par le jeu de lettres, Anabelle Hubaut, devenue Anabelle Hulaut par la série de certificats Prête moi ton L et prend mon B (2000) annonce le film Les Vacances de Melle Hulaut en référence à l'oeuvre de Jacques Tati et convoqué ici à travers La Cabane et La Pipe. Prenant l'appropriation à la lettre, David Michael Clarke avec Un mètre carré de toile brute avec 212 baisers volés (2001) s'empare du Mètre carré de rouge à lèvres (1981) de Fabrice Hyber. Installant le spectateur au coeur d'une intrigue, le couple Clarke-Hulaut interroge la paternité de l'oeuvre partageant un même cliché dédoublé sous deux titres différents Bons baisers on the road (Jeu de pas) et Réelle copine (ceci n'est pas un jeu) (2003). A mi-chemin entre détournement et réappropriation, franckDavid caviarde au typex le roman La Roseraie de Michel Besnier, devenue La Raie. Passant du langage à l'image, une rose effeuillée se mue en masque de pétales déclinant l'expression idiomatique A fleur de peau, tandis que Joël Hubaut pousse la gaudriole en affublant une pelle d'une roulette dans French Kiss (2007). Bouclant la boucle, Hervé Graumann joue sur les patronymes en invitant des habitants de Tours aux noms évocateurs de la faune et de la flore à venir composer par leur simple signature un Paysage tourangeau (2011).
Photographiant Monsieur Blanc sur les épaules de Monsieur Blanc (Blanc sur Blanc, 1993), il nous renvoie également aux monochromes humoristiques et pas si incohérent d'Alphonse Allais.